J'ai découvert l'amour en négatif

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J'ai découvert l'amour en négatif

N° dépôt S.A.C.D. : 148828
Court-Métrage
de
Franck Laisné

Genre :

Comédie



PERSONNAGES :

THEOPHILE : le prétendant de Brigitte


Brigitte : la femme riche


Guillaume : l'ami de Théophile


Nestor : le garçon du restaurant


Emilienne : la femme laide





Théophile et Guillaume sortent d’une bouche de métro et ils marchent dans la rue en extérieur jour.


Guillaume : T’es sûr que ça va marcher ?
Théophile : Bien sûr. C’est un philtre d’amour de fabrication artisanale.
Guillaume : Ça t’a coûté cher cette connerie ?
Théophile : Oui. Ce n’est pas donné. Mais c’est du bon.
Guillaume : Y’a quoi dans le flacon ?
Théophile : Je n’en sais rien.
Guillaume : Tu crois que ça va marcher ?

Théophile : Cette potion a été fabriquée dans les usines d’un marabout de renommée mondiale.


Guillaume : Si tu le dis...
Théophile : T’as vu la fille ?
Guillaume : Ça ne va pas marcher, ton truc.
Théophile : Mais si. Le marabout m’a promis que si je n’étais pas satisfait, je serais intégralement remboursé.
Guillaume : Il ne doit pas faire fortune, le pauvre...
Théophile : La sorcellerie est une science surnaturelle qui a fait ses preuves. Je te le prouve...

Théophile vaporise le flacon juste en face de la jeune femme qui marchait dans l’autre sens.


Brigitte : Hum ! C’est quoi ?
Théophile : Un filtre d’amour.
Brigitte : Hum ! J’aime cette odeur.
Théophile : Vous êtes libre ce soir ?
Brigitte : Non, j’ai trois rendez-vous. Mais pour vous, je les annule tous.
Théophile : Vous êtes adorable. On pourra aller au restaurant.
Brigitte : Avec grand plaisir !
Théophile : Je connais un petit resto campagnard. Il n’est pas très cher, et en plus, il est sympa.
Brigitte : Ridicule. On devrait aller dans le seizième. C’est dans ce quartier que l’on trouve les meilleurs restaurants.
Guillaume : Bah, oui. Puisque t’es milliardaire.
Théophile : Ha, ha, ha. (Rire vexé). Toi, ferme-la.
Brigitte : Je n’aime pas les hommes qui sont fauchés. Salut !

Brigitte s’en va, Théophile lui court après et il la rattrape.


Théophile : Attendez-moi. Je suis fortuné, mais je vais souvent pour affaires dans ce quartier. Je n’aime pas la routine. Je voulais changer, c’est tout.
Brigitte : Ah ! Vous me rassurez. C’est quoi votre prénom ?
Théophile : C’est Théophile. Vous vous souviendrez ?
Brigitte : Ha, ha, ha ! Un prénom aussi ridicule, on ne risque pas de l’oublier. C’est impossible, même pour un amnésique.
Guillaume : Moi, c’est Guillaume.
Brigitte : C’est beaucoup plus beau.
Théophile : Toi, ta gueule. Et vous, c’est quoi ?
Brigitte : C’est Brigitte.
Théophile : Ah ! C’est un très joli prénom. J’ai d’ailleurs connu une Brigitte.
Brigitte : Il s’agit de l’une de vos ex ?
Théophile : Non, heureusement pour moi.
Brigitte : Pourquoi ? C’était un thon ?
Théophile : Il faut reconnaître qu’elle n’était pas terrible, terrible. Elle était toute verte et son visage était recouvert d’écailles.
Brigitte : C’était une extraterrestre ?
Théophile : Non, une tortue.
Brigitte : J’imagine qu’elle n’était pas canon…
Théophile : Non, pas vraiment. Vous êtes mieux qu’elle.
Brigitte : C’est un compliment ?
Théophile : Non, c’est un constat. C’est tout.
Brigitte : J’espère bien…

Brigitte regarde sa montre.


Brigitte : Il faut que j’y aille. Je suis pressée.
Théophile : Même pas le temps de prendre un verre ?
Brigitte : Non, c’est dommage… Venez me prendre à 19 heures en bas de mon immeuble. Tenez, voilà ma carte de visite.
Théophile : Merci. Je serai là...
Brigitte : Vous connaissez la rue de Montreuil à Neuilly ?
Théophile : Vous parlez de Neuilly sur Seine ?
Brigitte : Bien sûr. Je n’habite pas à Neuilly sur Marne. Vous me prenez pour qui ?
Théophile : Excusez-moi. Je ne connais pas trop le nom des rues.
Brigitte : Votre chauffeur doit la connaître. Vous en avez un, j’espère...
Théophile : Mon humble chauffeur est à côté de vous.
Brigitte : Ah, c’est lui. Je croyais que c’était votre garde du corps.
Théophile : Il ne serait pas très discret…
Brigitte : Vous voulez dire qu’il est caché pour vous protéger ?
Théophile : Soyez discrète et regardez discrètement la poubelle qui est sur votre gauche.
Brigitte : Vous délirez ?
Théophile : Brigitte. Je ne vous permets pas de remettre ma parole en doute.
Brigitte : Excusez-moi. J’ai été maladroite.

On aperçoit un clochard sortir de la poubelle avec sa bouteille de vin à la main.


Brigitte : On dirait un vrai clochard. C’est un super comédien.

Théophile met sa main devant sa bouche pour montrer son étonnement.


Brigitte : Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous avez l’air surpris ?
Théophile : Il se met de mieux en mieux dans la peau du personnage, c’est un excellent professionnel.
Brigitte : Son déguisement a dû lui coûter.
Théophile : Une fortune et en plus, mon garde du corps est très discret.
Brigitte : Oui. A condition de ne pas avoir l’odorat trop fragile. (Elle se bouche le nez en disant ça).
Brigitte : Vous prendrez quelle voiture ce soir ?
Théophile : J’hésite entre la Mercedes ou la Berline.
Guillaume : Monsieur. Ces deux voitures sont chez le garagiste.
Théophile : Aucune ne fonctionne ?
Guillaume : Si. Il reste la deux-chevaux.
Brigitte : Vous n’avez pas de chance. Vos voitures qui sont dignes de ce nom sont en panne. Et vous allez me conduire dans cette merde... enfin je voulais dire... dans ce détritus.
Théophile : Oui, j’y attache une valeur sentimentale.
Brigitte : Elle a appartenu à quelqu’un que vous aimiez ?
Théophile : Oui. J’ai été marié. C’était la deux-chevaux de ma belle-mère.
Brigitte : Vous êtes maso ? Je n’aime pas les pervers.
Théophile : Non, ce n’est pas ça. Ma belle-mère est morte dans un accident de voiture. Elle conduisait cette automobile...
Brigitte : Vous êtes superstitieux ?
Théophile : Oui. Cette voiture est devenue mon porte-bonheur.
Brigitte : Je comprends…

Brigitte regarde sa montre.


Brigitte : Oh ! Il est déjà cette heure-là. Je suis désolée. Il faut que j’y aille.
Théophile : Vous êtes aussi pressée que ça ?
Brigitte : J’ai un rendez-vous très important. A ce soir, Théo.
Théophile : A plus tard, Brigitte.

Brigitte s’en va en marchant rapidement.


Guillaume : Laisse tomber. T’as pas les moyens d’aller avec une fille comme elle.
Théophile : Ecoute, Guillaume, t’as vu comme elle est canon ?
Guillaume : Oui, c’est vrai. Mais tu devrais séduire une belle fille un peu fauchée. Puisque ton philtre d’amour est si efficace...
Théophile : Tu sais que t’es pas bête ?
Guillaume : Regarde la jolie brune. Je suis sûr qu’elle te plaît.
Théophile : Tu connais mes goûts. Je vais la vaporiser.

Théophile la vaporise quand il passe juste à côté de la fille.


Théophile : En plein dans le mille. Viens, Guillaume.
Guillaume : J’en connais un qui ne va pas s’ennuyer, ce soir…

Théophile et Guillaume arrivent à proximité de la jolie brune.


Théophile : Tu viens, poupée ? Je t’invite à prendre un verre.
La brune : Pourquoi faire ?
Théophile : Tu n’as pas une petite idée de ce qu’on pourrait faire, tous les deux ?

La brune lui donne une claque très violente.


Guillaume : Laisse tomber, Théophile. Tu devrais te faire rembourser. Ton marabout n’est qu’un escroc.
Théophile : Bah ! Je ne comprends pas. Ça avait bien marché avec Brigitte.
Guillaume : C’est peut être plus efficace avec les blondes qu’avec les brunes. A moins que le philtre d’amour n’ait pas eu le temps de faire son effet...
Théophile : C’est sûrement pour ça. Vous pouvez rester cinq minutes avec moi, mademoiselle ?
La brune : C’est qui, ce malade ?

La brune gifle de nouveau Théophile.


Guillaume : Ha, ha, ha. T’as pas de chance, Théophile. T’es tombé sur une conne.

La brune gifle Guillaume à son tour.


Théophile : Ha, ha, ha. Toi non plus, tu n’as pas de chance...
La brune : Comme ça au moins, il n’y aura pas de jaloux.
Guillaume : Il faut regarder la vérité en face. Ton philtre d’amour n’est pas très efficace...
Théophile : Je ne comprends pas. J’ai pourtant payer le prix.
La brune : Un conseil : changez de marque.

La brune s’en va d’un pas décidé et elle leur montre à tous les deux son mépris.


Guillaume : Elle a peut-être raison ? Les philtres d’amour, c’est comme les parfums. Il faut toujours éviter les sous-marques.
La vieille : Whaow ! Ce qu’il est canon ! (On ne la voit pas encore quand elle dit ça).
Théophile : Qui a parlé ? Une brune ? Une blonde ? Une rouquine ?
Guillaume : Non, une blanche.
Théophile : C’est quoi, une blanche ?
Guillaume : C’est ça… regarde.

On aperçoit une grand-mère qui est aussi âgée qu’elle est laide.


Théophile : Ah, bah, ça ! Pour avoir les cheveux blancs, elle a les cheveux blancs.
Guillaume : C’est peut-être une Suédoise qui est décolorée.
Théophile : Il paraît que les Scandinaves sont canons…
Guillaume : Pour être franc… je doute qu’elle soit d’origine viking.
Théophile : C’est plutôt une Hospicienne.
Guillaume : C’est quoi ?
Théophile : Une habitante de l’hospice.
La vieille : Je suis amoureuse pour la première fois depuis 1937. Viens, mon chou !
Guillaume : C’est peut-être une pucelle ?
Théophile : Quand on la voit, on comprend pourquoi elle n’a pas été dépucelée en 1938. Ils étaient raffinés à l’époque…
Guillaume : Ha, ha, ha. Heureusement que tu es là, grand sauveur ! Elle va te violer et grâce à toi, elle ne va pas mourir idiote !
La vieille : J’ai envie de toi, mon lapin.
Guillaume : Profites-en. Pour une fois que tu as la cote avec une nana…
Théophile : C’est pas le moment de déconner. Vite ! Sauve qui peut !

Théophile et Guillaume courent à grande vitesse en étant poursuivis par la vieille femme.


Guillaume : J’admire ton adresse ! Félicitations !
Théophile : Bah, quoi ! Je suis plus adroit qu’avant.
Guillaume : Encore heureux ! Sinon, on aurait été poursuivis par un pitbull.
Théophile : Tais-toi et cours.

On aperçoit un policier.


Le policier : Police ! Arrêtez-vous !
Théophile : On force le barrage.
Le policier : Stop ! On n’a sûrement pas la conscience tranquille…
Théophile : C’est une vieille vicieuse. Elle veut nous violer.
Le policier : Tu te fous de ma gueule ? Tu ne lui aurais pas volé son sac à main, par hasard ?
Théophile : Lâchez-moi ! C’est une nymphomane.
Le policier : Toi, ferme-la. Madame, que s’est-il passé ?
La vieille : Viens ici, mon lapin. J’ai une de ces envies de baiser.

La grand-mère lui saute dessus et elle essaye de le violer.


Théophile : Au secours ! Au viol !
Le policier : Mais, c’est vrai. Il a raison. C’est une vieille obsédée.
Guillaume : Il faut l’aider, le pauvre… Sinon il va se faire violer.
Le policier : Il n’y a pas une seconde à perdre.

Le policier et Guillaume tiennent la vieille dame chacun par un bras.


Le policier : Dépêchez-vous. Elle est déchaînée.
Guillaume : Même à deux, on a du mal à la tenir.

Théophile se relève.


Théophile : C’est bon. Je me sauve.
Guillaume : Dépêche-toi !

Théophile se sauve en courant.


Guillaume : Je te rejoins dans ton studio.
Théophile : O.K.

On aperçoit Théophile en intérieur jour, il est à l’arrière d’une deux-chevaux. Il est écrit sur l’écran « quelques heures plus tard » .


Théophile : Fais pas la gueule, Guillaume. Ça te va bien la tenue de chauffeur.
Guillaume : T’es sûr ?
Théophile : Plus que certain.
Guillaume : Si tu le dis…

La deux-chevaux s’arrête à un feu rouge, une autre voiture se met à côté d’elle.


La passagère : T’es le chauffeur d’un clodo dans ta poubelle. Ha, ha, ha …
Guillaume : Petite conne…

La deux-chevaux repart.


Guillaume : Tout le monde se fout de ma gueule. J’ai l’air de quoi ?
Théophile : Pfffff ! Je te trouve bien susceptible.
Guillaume : J’aimerais te voir à ma place…
Théophile : Heureusement, je n’y suis pas !
Guillaume : Y’a pas de danger… Tu as loupé 18 fois ton permis.
Théophile : Comme quoi ! On a l’air moins con quand on ne sait pas conduire…
Guillaume : Ah, bah ça. Je suis bien placé pour le savoir…
Théophile : Quel caractère de cochon. Au fait ! Comment tu la trouves, Brigitte ?
Guillaume : Ah ! Pour être belle, elle est plutôt mignonne. Mais cette fille va te coûter trop cher.
Théophile : Quand on aime, on ne compte pas. Et puis, je n’ai jamais été aussi riche.
Guillaume : Je ne voudrais pas dire, mais ton compte en banque est négatif de 3 500 euros.
Théophile : C’est bien ce que je disais. Je n’ai jamais été aussi fortuné. D’habitude, mon découvert est beaucoup plus important…
Guillaume : Tu n’as jamais su gérer ton budget.
Théophile : J’ai été comptable. Moi, monsieur.
Guillaume : Laisse-moi rire. Tu as exercé ce métier pendant trois jours, après ils t’ont viré.
Théophile : C’est à la suite d’un licenciement économique. Ce n’est pas ma faute.
Guillaume : Je voudrais pas dire… Mais la société était prospère avant ton arrivée ...
Théophile : J’ai commis deux ou trois petites erreurs de rien du tout. J’ai fais des fautes d’orthographe avec les chiffres du bilan. Ça arrive même aux meilleurs, la preuve…
Guillaume : Ça arrive surtout aux plus nuls…
Théophile : Te plains pas ! J’ai été embauché chez les concurrents de ton père.
Guillaume : Il savait ce qu’il faisait le vieux en te recommandant auprès du Directeur du Personnel. Il connaissait tes compétences en compta…
Théophile : Ha, ha, ha ! (Rire vexé). T’es jaloux parce que j’ai rendez-vous avec Brigitte.
Guillaume : N’importe quoi ! Fais gaffe à ne pas te ruiner. Cette fille a des goûts de luxe.
Théophile : Je vais l’inviter « au bouiboui auvergnat ». Elle va croire que je plaisante. Tu connais le dicton ? Fille qui rit, fille au lit.
Guillaume : J’espère pour toi qu’elle a de l’humour et surtout qu’elle n’est pas trop violente.
Théophile : Non. Je ne pense pas que ce soit le genre.
Guillaume : Tiens, je la vois. Elle est devant son immeuble.

La deux-chevaux stationne en face de la jeune femme qui est filmée en extérieur jour. Guillaume descend et il lui ouvre une portière arrière.


Guillaume : Montez, Mademoiselle.
Brigitte : Il n’en est pas question !
Guillaume : Pourquoi ?
Brigitte : Vous n’avez même pas déposé un tapis rouge par terre.
Théophile : Mais, c’est scandaleux ! En voilà des façons pour accueillir une jeune femme.
Guillaume : Bien sûr. Où avais-je la tête ? (En se parlant à lui-même) : Quelle emmerdeuse !

Guillaume prend à l’avant de sa voiture le tapis qu’il avait devant ses pieds, il le sort et il le pose devant la jeune femme.


Brigitte : Ah ! Quand même !

Brigitte marche sur le tapis rouge avant de monter dans la deux-chevaux. Guillaume referme la portière arrière une fois que la jeune femme est montée. Ensuite, il remet le tapis rouge à ses pieds et il remonte dans sa voiture, ensuite il referme sa portière.


Brigitte : Heureusement que vous m’aviez prévenue que vous viendriez me chercher comme un goujat dans une malheureuse deux-chevaux. Sinon, j’aurais mis un terme à nos relations.
Théophile : Je suis désolé, Brigitte, de vous recevoir dans cette voiture. Elle est tellement ridicule…
Guillaume : Et gna gna gna. Et gna gna gna…
Brigitte : Je ne vais pas vous contredire… On va manger dans quel resto ?
Théophile : Surprise !

Guillaume allume une cigarette.


Brigitte : La cigarette, moi, ça me dérange. Demandez à votre vulgaire employé de l’éteindre.
Théophile : Chauffeur. Veuillez ne pas fumer, s’il vous plaît. Vous incommodez, Madame.
Guillaume : Tu commences à m’emmerder. Sérieux !
Théophile : En voilà un vilain langage et que me vaut ce tutoiement ?
Brigitte : Quelle autorité ! J’aime les hommes qui ont de la poigne.
Théophile : Et que je ne vous y reprenne pas, Guillaume. Un licenciement est vite arrivé. Faites attention ! Au prix où je vous paye…
Guillaume : Au prix où je suis payé. Au prix où je suis payé. (Il bougonne). Quand je pense que tu ne me donnes jamais un centime et que tu ne rembourses jamais mes frais d’essence. Pour la peine, je fais GREVE !

Guillaume arrête sa deux-chevaux.


Guillaume : Je vous laisse puisque ma cigarette incommode Madame.

Guillaume descend de son véhicule, il est poursuivi en extérieur jour par Théophile qui lui court après pour le rattraper.


Théophile : Mais enfin, Guillaume… Fais pas le con. Je ne sais pas conduire.
Guillaume : C’est ton problème. Tu te démerdes.
Théophile : Fais pas la gueule ! Guillaume ! Guillaume ! Fais chier.

Théophile revient près de la deux-chevaux dans laquelle se trouve Brigitte.


Brigitte : Il revient, votre chauffeur ?
Théophile : Non ! Il est viré !
Brigitte : Vous êtes intransigeant quand même…
Théophile : Lui aussi… Ah, au fait ! J’ai un petit problème...
Brigitte : Lequel ?
Théophile : Je ne sais pas conduire.
Brigitte : Débrouillez-vous comme vous voulez. Mais vous m’avez promis de m’emmener au restaurant. Je veux y aller.

On aperçoit Théophile en train de pousser la voiture en extérieur jour, alors que la jeune femme est confortablement installée, on la voit en intérieur jour, dans le véhicule, en train de se maquiller.


Brigitte : Plus vite. Allez ! Plus vite.
Théophile : Je fais ce que je peux.
Brigitte : Vous êtes quand même costaud.
Théophile : Oui, et encore… Je n’ose pas forcer. J’ai peur d’être pris au radar.
Brigitte : Vous avez raison. Un excès de vitesse est si vite arrivé. Moi, j’adore la voiture. Et vous ?
Théophile : Moi aussi. Surtout quand ce sont les autres qui conduisent… (le visage de Théophile est filmé en gros plan).

La deux-chevaux est maintenant filmée dans les rues de Paris (avant, elle était filmée en banlieue).


Brigitte : On va pouvoir stationner ici.
Théophile : Ah !!! Tant mieux !

On aperçoit Théophile pousser à l’arrière et il gare le véhicule.


Théophile : Il va m’entendre, le Guillaume…
Brigitte : Qu’est-ce que vous baragouinez ?
Théophile : Non, c’est rien…

Brigitte descend du véhicule, elle se retrouve filmée en extérieur jour et elle referme sa portière une fois qu’elle est descendue de son véhicule.


Brigitte : Ah ! Il faut maintenant payer le parcmètre.
Théophile : Je vais mettre de l’argent.
Brigitte : C’est dingue comme les prix ont augmenté. Si vous êtes courageux, on pourrait garer la deudeuche ailleurs. Je connais un endroit où le stationnement est gratuit.
Théophile : C’est loin d’ici ?
Brigitte : Oui, quand même…
Théophile : Je posais cette question par simple curiosité. Je ne suis pas radin et je suis un bon citoyen. Je vais payer.
Brigitte : Tant mieux ! Je ne supporte pas l’avarice.
Théophile : Je vais juste fermer la voiture à clé.
Brigitte : Oh, bah non. Vous avez vu l’heure ? On n’a pas de temps à perdre inutilement.
Théophile : Oui. Vous avez raison.
Brigitte : On va où ?
Théophile : Je ne dirai rien. C’est une surprise !

Ils avancent tous les deux dans la rue.


Théophile : C’est ici.
Brigitte : C’est quoi ce bouiboui ? Vous vous moquez de moi ? C’est une plaisanterie, j’espère…
Théophile : Oui, c’est de l’humour.
Brigitte : Ah, je préfère ça… Il aurait fallu que vous soyez le roi des cons pour m’inviter dans un restaurant aussi minable. Pas vrai, Théo ?
Théophile : Et comment ? Je suis de votre avis.
Brigitte : On va par là. Je connais un petit resto sympa.

Ils marchent tous les deux dans la rue et Théophile s’arrête devant un restaurant.


Théophile : Il a l’air très sympathique ce petit restaurant.
Brigitte : C’est pas à celui-là que je pensais… Mais on peut regarder les menus.
Théophile : Il ne m’a pas l’air mal du tout.
Brigitte : Ha, ha, ha !
Théophile : Qu’est-ce qui vous fait rire ?
Brigitte : Vous avez vu les prix ?
Théophile : Ah, bah, oui ! C’est pas donné.
Brigitte : Vous plaisantez ? Pourquoi ne pas m’inviter aux restos du cœur pendant que vous y êtes ? Allez hop ! On va « au Palais d’Argent ».
Théophile : Ah, oui. Vous voulez aller là-bas ?
Brigitte : Ça n’a pas l’air de vous enchanter ?
Théophile : Si ! Si ! J’insiste pour qu’on aille dans ce grand restaurant.
Brigitte : C’est gentil. Allez ouste ! On y va !

On aperçoit en extérieur nuit un restaurant très luxueux. Ensuite, on voit, en intérieur nuit, Brigitte et Théophile qui sont assis à la même table et ils regardent les menus.


Brigitte : Hum ! Ça a l’air appétissant.
Théophile : Encore heureux ! Vous avez vu les prix ?
Brigitte : Vous trouvez ce resto trop cher ?
Théophile : Pas du tout. Mais un restaurant de grand standing doit être digne de sa réputation.
Brigitte : Ah, j’aime mieux ça ? Théoph… Ha, ha, ha.
Théophile : Qu’est-ce qui vous fait rire ?
Brigitte : Excusez-moi. Je préfère vous appeler Théo. Votre prénom est tellement ridicule que j’ai peur de faire de la pub à mon dentifrice, si je prononce votre petit nom sans l’abréger.
Théophile : Ha, ha, ha ! (Rire vexé).

Le garçon du restaurant arrive près du jeune couple.


Nestor : Madame et Monsieur. Vous avez fait votre choix ?
Brigitte : Oui. Je vais me laisser séduire par une délicieuse entrée de caviar fumé.
Nestor : Très bien, Madame. Et vous, Monsieur ?
Théophile : Je vais me contenter d’une malheureuse tranche de jambon.
Nestor : Monsieur. Vous êtes ici dans un restaurant trois étoiles.
Brigitte : Oh, la honte ! Vous m’humiliez !
Théophile : Ha, ha, ha ! Je plaisantais...
Brigitte : J’aime les hommes qui ont de l’humour.
Théophile : Je vais prendre comme Madame.
Nestor : Très bien. Monsieur n’aura pas à le regretter. Désirez-vous du vin ?
Brigitte : J’aimerais bien déguster un petit Saint-Emilion de 1953. Il est succulent, je vous assure…
Théophile : C’est celui à 2 783 francs la bouteille. Je ne doute pas qu’il soit excellent. Vu le prix, il ne doit y avoir que la couleur qui ressemble à du vinaigre et encore… en la regardant de loin. Mais 2 783 francs, ça fait cher.
Brigitte : Théo. Depuis quelques années le franc a laissé sa place à l’euro.
Théophile : Ah ! C’est en euros en plus…
Brigitte : S’il vous plaît. Mon petit Théo. (Son visage est filmé en gros plan, cette femme use de son charme en lui faisant ses yeux de biche).
Théophile : J’accepte. Mais c’est bien parce que c’est vous.
Nestor : Excellent choix ! Je vois que Madame apprécie les grands vins. Je reviens vous apporter ces délices.
Théophile : Je vous remercie.

Le garçon du restaurant s’en va.


Brigitte : Moi, vous savez, Théo, ce que je reproche aux hommes, c’est leur manque de romantisme.

Théophile regarde avec insistance la minijupe très sexy de Brigitte qui a les jambes croisées.


Brigitte : Qu’est-ce que vous regardez ?
Théophile : J’admire cette ravissante moquette. Elle a l’air tellement soyeuse. Pour en revenir à ce que vous disiez. Quoi de plus beau que le romantisme ? Mon grand plaisir, c’est simplement de contempler les yeux d’une jolie femme  Les mecs. Grrrrrr ! Ce sont souvent des petits vicelards.
Brigitte : Heureusement que tous les hommes ne sont pas comme ça…
Théophile : Et comment ? Je fais partie des derniers romantiques.

Il est écrit sur l’écran « une demi-heure plus tard ».


Brigitte : Je me suis régalée avec cette délicieuse entrée. Vraiment succulent, ce caviar.
Théophile : C’était un dé-li-ce !
Brigitte : J’ai bien envie de me laisser séduire par du homard à l’armoricaine.
Théophile : Vous faites allusion à ce plat qui est à plus de 800 euros.
Brigitte : Rassurez-vous. C’est très bourratif. Généralement, on n’en reprend pas deux fois. Bien sûr, c’est le plus cher, mais c’est aussi le meilleur.
Nestor : C’est la spécialité du chef.

Brigitte enlève la croix qu’elle a autour du cou.


Brigitte : Vade retro, satanas.
Théophile : C’est gentil de penser à ma carte bleue.
Brigitte : Ce n’est pas ça. Je suis au régime.
Théophile : Vous avez raison. Vous êtes trop grosse.

Brigitte se lève et elle lui donne une violente claque devant tout le monde sous les rires des tables voisines.


Théophile : Mais enfin… Brigitte. Je plaisantais…
Brigitte : Moi aussi… Mais vous avez raison. Les homards à 800 euros font trop grossir.
Théophile : Vous voyez ! Quand vous voulez être raisonnable…
Brigitte : Je vais plutôt savourer du saumon au caviar à 1 323 euros. Ça au moins, ça ne fait pas grossir.
Théophile : Ah, bon ? A 1 323 euros. Vous êtes sûre ? Je plaisante, lorsque je dis que vous êtes trop grosse. En réalité, vous êtes beaucoup trop maigre…
Brigitte : Qu’est-ce que vous pouvez être flatteur. Mais, je vous crois. Pour la peine, je vais commander deux assiettes de délicieux saumon au caviar.
Théophile : Vous commandez deux plats ?
Brigitte : Oui. A moins que vous ne soyez radin ? Moi, je n’aime que les hommes qui sont généreux.
Théophile : Avare ? Moi ? Mais pas du tout. Ceci dit, le vin est un petit peu cher.
Brigitte : Vous savez que si l’on boit un grand vin et qu’on ne l’apprécie pas, on a le droit de refuser de payer le repas.
Théophile : Je finis ce délicieux petit Saint-Emilion en vitesse. (Il boit quelques verres de vin). Garçon ! Garçon !

Nestor arrive près du jeune couple.


Nestor : Oui, Monsieur.
Théophile : Ce vin est infect. Je refuse de payer le repas.
Nestor : Expliquez-moi pourquoi vous avez bu toute la bouteille puisqu’il est si ignoble ?
Théophile : Ah, oui ! J’avais oublié ce petit détail. Je vais vous le dire dans le creux de l’oreille.

Théophile parle dans le creux de l’oreille de Nestor.


Nestor : Madame. Il paraît que vous avez bu toute la bouteille et que vous êtes une alcoolique invétérée.

Brigitte se lève et elle gifle de nouveau Théophile publiquement sous les rires des gastronomes des tables voisines.


Brigitte : Garçon ! Puisque Monsieur est radin et que ce n’est pas moi qui paye, apportez-moi les mets les plus fins et les plus délicats.
Nestor : Vos désirs sont des ordres. Je vous apporte ça. Bon appétit, Madame.
Brigitte : Merci.

On aperçoit Nestor qui apporte la première assiette de saumon au caviar, puis le garçon remplit un verre de champagne, apporte la deuxième assiette de ce plat et après il lui ressert encore du champagne. Ensuite, il apporte un grand plateau de fromages, la jeune femme les choisit les uns après les autres et l’on peut s’apercevoir qu’elle en choisit énormément ; elle prend ensuite du champagne. Le garçon apporte à Brigitte un succulent dessert, arrosé de champagne et pour finir, du café. (La musique du film est diffusée pendant tout ce passage).


Brigitte : Je suis pressée qu’on paye pour pouvoir partir. Je suis impatiente de finir notre nuit en amoureux.
Théophile : Vous avez raison. Je vais régler ma note.

Il lit la facture qui est posée sur la table.


Théophile : Non !!! Ce n’est pas possible ! Il doit y avoir une erreur. Garçon ! S’il vous plaît.

Nestor arrive vers lui.


Nestor : Oui, Monsieur.
Théophile : Vous avez vu le prix ? Il y a sûrement une erreur. Ce n’est pas possible autrement.
Nestor : Ah ! Ça fait plaisir d’avoir affaire à quelqu’un d’honnête.
Théophile : Comment ça ? Honnête ?
Nestor : Nous avons oublié de vous compter le champagne et c’est ce qui est le plus onéreux. Ça double le prix du repas. Cela fait 5 287 euros.

Théophile se met tousser très fortement.


Nestor : Ça va, Monsieur ?
Théophile : Non (en étranger) comme disent les Chinois…
Brigitte : Pour ce que nous avons mangé, cela ne me paraît pas cher du tout. Enfin, je dis ça… Ce n’est pas moi qui paye.
Nestor : Madame. Vous avez rencontré une perle rare. Ce n’est pas courant, les gens honnêtes, surtout à notre époque.
Brigitte : Je suis consciente qu’il est exceptionnel. Il n’a que des qualités.
Théophile : C’est bien naturel de ma part de le signaler. C’est vraiment la moindre des choses.
Nestor : Monsieur. Ne soyez pas trop modeste. Pour la peine, la maison a le plaisir de vous offrir un délicieux digestif pour vous remercier.
Brigitte : Vous voyez ? L’honnêteté est toujours récompensée.
Nestor : Je reviens vous apporter cette exquise petite liqueur. Son goût et sa finesse sont incomparables. Vous m’en direz des nouvelles…

Le garçon du restaurant s’en va.


Brigitte : Qu’est-ce que vous êtes gâté ! Pas vrai, Théo ?
Théophile : Oui. Aujourd’hui, c’est mon jour de chance.
Brigitte : Comme quoi ! Il ne faut jamais être superstitieux.
Théophile : Pourquoi vous dites ça ?
Brigitte : On est vendredi 13 aujourd’hui.
Théophile : Ça ne m’étonne pas.

Nestor revient avec deux petits verres qui contiennent de la liqueur et il les dépose sur la table.


Nestor : Voilà votre petite gâterie que vous avez amplement méritée.
Brigitte : Oh, merci. C’est beaucoup trop pour un petit geste anodin.
Théophile : Merci, bien. Je vais le boire. Cela va me donner du courage pour faire le chèque.

Ils boivent chacun leur verre cul sec.


Théophile : Ah !!! Ca ravigote un homme. Où est mon chéquier ?

Théophile sort son chéquier de sa poche.


Brigitte : Mais ! Vous êtes à la T.P.S.
Théophile : Bah, oui ! Vous connaissez cette banque ?
Brigitte : Ce serait malheureux. J’y travaille. J’ai été embauchée en tant que conseillère financière.
Théophile : Je ne vous ai jamais vue là-bas. C’est curieux ! J’y vais souvent pour faire des placements concernant mon immense fortune.
Brigitte : Je suis nouvelle dans cette société, mais je connais déjà le nom de tous mes clients, surtout des gens fortunés. C’est quoi votre nom de famille ?
Théophile : Je m’appelle Théophile Ducroc.
Brigitte : Ah, ça ! Pour être millionnaire, vous l’êtes ! Mais dans le négatif…
Théophile : Bah, oui. J’ai des petits problèmes d’argent en ce moment…
Brigitte : Et Monsieur se permet de faire des folies… Vous avez vu les prix du restaurant ? Je n’en demandais pas tant. Un bon petit resto style campagnard m’aurait suffit…
Théophile : Oh, le culot ! Vous jouiez les difficiles, sinon on ne serait jamais venu ici…
Brigitte : Je vais y aller, mais je vous attends de pied ferme lundi matin à la première heure dans mon bureau.
Théophile : Grrrrrr ! J’y serai.
Brigitte : Je suis d’une nature tellement généreuse que j’insiste pour payer la moitié du repas.
Théophile : Oh, non ! Vous me gênez. C’est vraiment adorable de votre part.
Brigitte : Il est à combien ce repas ?
Théophile : Il me coûte la modique somme de 5 287 euros
Brigitte : Chose promise, chose due. Vous réglez cette note, moi je donne le pourboire.

Brigitte pose le pourboire sur la table.


Brigitte : Cinq euros. Ça devrait suffire. A lundi, Théo. Je vous attends avec impatience…
Théophile : Au revoir, Brigitte.

Brigitte s’en va en le laissant seul.


Théophile : Garçon ! Tenez !
Nestor : Merci beaucoup, Monsieur. J’espère que l’on aura le plaisir de vous revoir avec Madame.
Théophile : Non. Croyez-moi. A bien réfléchir… Le célibat, ça a du bon.

Théophile se lève et juste après, une jeune femme lui redonne son blouson.


Théophile : Merci. J’espère que vous ne l’avez pas froissé…
La jeune femme : Oh non, Monsieur. Je suis consciencieuse.
Théophile : Très bien.

Théophile s’éloigne de la jeune femme.


La jeune femme : Il se prend pour qui celui-là ?
Nestor : Les riches sont toujours très prétentieux…

Théophile est prêt de franchir la porte pour sortir du restaurant, quand il croise une femme qui est aussi obèse qu’elle est affreuse physiquement (elle est grosse, elle porte des lunettes, elle a énormément de boutons sur le visage, etc). Cette femme le vaporise à l’aide d’un flocon contenant un filtre d’amour.


Théophile : Hum ! Que ça sent bon.
Emilienne : Je vous plais ?
Théophile : Je suis dingue de vous. Vous êtes ravissante.
Emilienne : D’habitude, les hommes me trouvent grosse et laide.
Théophile : Ils n’ont aucun goût pour ne pas apprécier votre beauté.
Emilienne : Mon prénom est Emilienne. Et le vôtre, c’est quoi ?
Théophile : Je m’appelle Théophile. J’aurais tellement aimé vous inviter au restaurant. Malheureusement…
Emilienne : Malheureusement quoi ?
Théophile : J’ai des petits problèmes d’argent en ce moment.
Emilienne : Ce n’est pas grave. Moi, je suis fortunée. Vous avez faim ?
Théophile : Oui, mais seulement de vous.
Emilienne : J’aime les hommes qui sont de vrais cannibales. Venez, grand sauvage…

Ils se prennent tous les deux la main et ils avancent à l’intérieur du restaurant.



FIN




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et la saga des connexions continue...