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La saga des Volsungs (En quatre parties)


PARTIE 1 :
L'or d'Ottar


On raconte qu'Odin partit un jour errer de par le monde, en compagnie de Loki et de Hoenir au pied rapide, son messager. Ils arrivèrent à un certain fleuve et le suivirent jusqu'au moment où ils parvinrent à une chute d'eau. Là, sur la rive, ils aperçurent une loutre. Elle avait attrapé un saumon dans la cascade et était étendue en train de le manger, les yeux clos. Loki ramassa une pierre et la lança sur la loutre, qu'il frappa à la tête et tua net. Il se vanta alors de son exploit, déclarant que d'un seul coup il avait abattu à la fois une loutre et un saumon. Odin et ses compagnons ramassèrent les prises et poursuivirent leur chemin jusqu'à une ferme. Le fermier qui l'habitait se nommait Hreidmar ; c'était un homme fier et un grand sorcier. Les Ases lui demandèrent de les loger, mais assurèrent qu'ils avaient de la nourriture en abondance ; et pour le prouver, ils montrèrent à Hreidmar le saumon et la loutre.
Hreidmar avait deux fils nommés Fafnir et Regin. Or, en apercevant la loutre, il les appela et leur dit qu'Ottar, leur frère, avait été tué par ces étrangers. Père et fils se jetèrent alors sur les Ases et les maîtrisèrent, déclarant que la loutre qu'ils avaient tuée était le fils de Hreidmar, et que pour ce meurtre ils méritaient la mort. Quand ils eurent été ligotés, les Ases offrirent à Hreidmar le prix du sang et finalement, il voulut bien l'accepter. Des serments d'amitié furent alors échangés et la loutre fut écorchée.

Hreidmar et fils prirent la dépouille et dirent que les Ases devaient entièrement la remplir d'or rouge et la recouvrir de telle sorte qu'elle soit tout à fait cachée ; car tel était leur accord.
Odin envoya alors Loki au pays des elfes noirs, chez un certain nain appelé Andnari. Le nain prit la forme d'un poisson et tenta de se cacher dans l'eau, mais Loki l'attrapa et lui ordonna de payer, à titre de rançon pour sa vie, tout ce qu'il avait caché dans son rocher. Ils arrivèrent au rocher et le nain en sortit tout son or ; et c'était une très grande somme. Mais Loki s'avisa qu'Andnari essayait de cacher quelque chose sous sa main ; c'était un anneau d'or et il voulut le lui prendre. Le nain le supplia de lui laisser l'anneau, déclarant qu'avec lui il pouvait faire à nouveau pousser de l'or. Loki répondit qu'il n'aurait plus la moindre pièce d'or en sa possession et prit l'anneau. Mais, tandis qu'il s'éloignait, Andnari le rappela, disant que l'anneau serait le fléau de quiconque le porterait.
" Tant mieux ", répliqua Loki et il ordonna à Andnari de transporter tout l'or à l'endroit où il devait être remis à Hreidmar. Le nain obéit, mais quand Odin vit l'anneau, il le garda pour lui, donnant à Hreidmar le reste de l'or. Il versa celui-ci sur la peau de la loutre jusqu'à ce qu'elle fût recouverte, mais alors Hreidmar l'examina attentivement et dit qu'il pouvait encore voir une moustache dépaser ; il ordonna à Odin de la cacher également. Odin prit donc l'anneau et cacha la moustache avec, déclarant que maintenant les Ases avaient largement payé le prix du sang de la loutre.

Hreidmar avait donc été payé de la perte de son fils Ottar ; mais ses autres fils, Regin et Fafnir, déclarèrent qu'ils devaient avoir quelque chose aussi pour la perte d'un frère et demandèrent à leur père de partager son or avec eux. Cependant, Hreidmar refusa carrément de donner une seule pièce d'or à l'un ou à l'autre.
Regin et Fafnir tinrent conseil et décidèrent de se cacher, de surprendre leur père et de le tuer pour lui prendre son or. Et quand l'or fut à eux, Regin pria son frère Fafnir de le partager équitablement, mais Fafnir répliqua qu'il n'allait pas partager cet or avec un frère qui avait osé tuer son propre père pour l'obtenir. Il conseilla à Regin de s'éloigner, faute de quoi il aurait le même sort que Hreidmar. Fafnir avait mis le casque de son père. On l'appelait Aegishjalm - casque de la terreur - et il jetait l'épouvante dans le cœur de toutes les créatures qui l'apercevaient, Regin fit donc volte-face et s'enfuit ; sur quoi, Fafnir se transforma en un monstrueux dragon et se coucha pour monter la garde devant l'or qu'il avait caché dans une grotte sur une lande solitaire.
Quant à Regin, il se rendit à la cour d'un roi du Jutland appelé Hjarlprek et devint son forgeron.


La saga des Volsungs (En quatre parties)


PARTIE 2 :
Le roi Volsung et ses fils


Il était une fois, au pays des Huns, un roi qui s'appelait Volsung. Il descendait d'Odin du côté paternel, car son père Rerir était le fils de Sigi qui était un fils d'Odin. Le roi Volsung eut dix fils. L'aîné était Sigmund, qui avait une sœur jumelle appelée Signy.
De ses propres mains, le roi Volsung construisit un grand palais ; au centre se dressait uun arbre magnifique, dont les branches s'étendaient, toutes fleuries, parmi les chevrons.
De l'autre côté de l'Océan, au pays des Goths, régnait un souverain appelé Siggeir. Il se rendit chez le roi Volsung et lui demanda la main de sa fille Signy. Signy répugnait à l'épouser, mais son père estima qu'il valait les meilleurs partis et elle finit par se laisser convaincre de l'accepter.
Le jour convenu, le roi Siggeir vint chercher sa fiancée et la bière des noces coula à flots dans le palais du roi Volsung. Comme les invités s'asseyaient de chaque côté de la cheminée, un vieillard étranger fit son apparition. Il était très grand et vêtu d'une cape, avec un chapeau à large bord tiré devant les yeux. A la main, il tenait une épée nue et, allant vers l'arbre qui se dressait au milieu de la salle, il enfonça son épée dans le tronc jusqu'à la garde. Tous les assistants l'avaient regardé faire en observant le plus profond silence.

Puis l'étranger prit la parole.
" Celui qui pourra retirer l'épée de l'arbre recevra de moi un présent, dit-il. Et il prouvera par la suite que nul ne porta jamais semblable épée. "
Sur ce, le vieillard tourna les talons et sortit du palais ; et nul ne sut qui il était, ni d'où il venait.
Tous les assistants se levèrent alors et essayèrent, chacun à son tour, de retirer l'épée du tronc. Le roi Volsung essaya en vain et le roi Siggeir n'eut pas plus de succès. On avait beau le tirer, la pousser, la secouer en tous sens, personne ne fut capable de déloger l'épée mystérieuse.
Finalement, Sigmund, qui avait patiemment attendu et se trouvait le dernier, s'approcha de l'arbre et, prenant l'épée par la garde, la retira aisément. La lame brilla à la lueur du feu et tous pensèrent que jamais ils n'avaient vu plus belle arme que celle-ci.
Alors, le roi Siggeir offrit à Sigmund trois fois le poids en or de l'épée s'il la lui donnait ; mais Sigmund refusa.
" Tu avais autant de chances que moi de retirer l'épée de l'arbre, déclara-t-il. Maintenant qu'elle est dans ma main, tu ne l'auras jamais. "

Le roi Siggeir fut irrité par cette réponse, estimant qu'il avait été insulté ; mais il était plein de ruse et dissimula ses sentiments, feignant de ne plus attacher d'importance à sa requête. Le lendemain, cependant, il déclara qu'il voulait retourner dans son pays tant qu'il faisait beau, sans attendre que le vent rende la mer dangereuse. Mais alors, Signy alla trouver son père et lui dit : " Je ne partirai pas avec Siggeir. Je lis dans l'avenir que de grands malheurs s'abattront sur notre race à la suite de ce mariage.
- Tu ne dois pas parler ainsi, ma fille, répondit le roi Volsung. Rompre sans raison notre promesse au roi Siggeir serait faillir à l'honneur ; nous serions converts de honte et lui aussi ; et il aurait le droit de se venger de nous. L'honneur nous oblige à tenir nos serments
".
Signy essaya encore de plaider sa cause, mais son père refusa de se laisser convaincre. Finalement, elle accepta de partir.
Avant de s'embarquer, le roi Siggeir invita le roi Volsung à venir trois mois plus tard, avec tous ses fils, au pays des Goths, pour y être ses hôtes ; car, dit-il, il voulait avoir du temps devant lui et ne pas abréger les festivités du mariage.
Le roi Volsung accepta l'invitation, et les deux souverains prirent congé l'un de l'autre. Signy, le cœur lourd, accompagnait son époux.
Quand les trois mois furent écoulés, le roi Volsung et ses dix fils s'embarquèrent sur trois navires et levèrent l'ancre. Ils atteignirent la côte du pays des Goths dans la soirée. Mais Signy, la fille du roi, se rendit en cachette au rivage pour avertir son père et ses frères que le roi Siggeir projetait une vile trahison.

" Il a levé une grande armée et a l'intention de vous attaquer par surprise, de vous anéantir et enfin de s'emparer de ton royaume, père, déclara-t-elle. Je te supplie de rentrer chez toi et de rassembler autant d'hommes que tu le pourras. Ensuite, tu reviendras et tu le puniras de sa traîtrise. Si tu ne suis pas mon conseil, tu cours à une mort certaine. "
Le roi Volsung répondit : " J'ai entendu des gens affirmer qu'avant même ma naissance, j'ai parlé et fait serment que jamais la peur ne me ferait fuir devant le fer ou devant le feu, et jusqu'à maintenant, j'ai tenu ma parole. Pourquoi voudrais-tu que je la rompe dans ma vieillesse ? Les filles ne se moqueront pas de mes fils en disant qu'ils ont eu peur de la mort ; car chacun doit mourir un jour et aucun homme ne peut échapper à l'heure de sa mort. Nous ne fuirons donc pas, mais nous nous défendrons hardiment. J'ai combattu dans des centaines de batailles, parfois contre un grand nombre de soldats, parfois contre moins, et j'ai toujours remporté la victoire. Jamais on ne pourra dire de moi que j'ai fui ou que j'ai imploré la paix. "
A ces mots, Signy se mit à pleurer amèrement et les supplia de la laisser rester avec eux, mais le roi Volsung ordonna : " Tu vas retourner auprès de ton mari et tu demeureras avec lui, quoiqu'il advienne de nous. "
Signy retourna donc au palais du roi Siggeir, tandis que son père et ses frères et tous leurs hommes dormaient à bord de leurs navires cette nuit-là. Et le lendemain matin, dès l'aube, le roi Volsung donna l'ordre à ses hommes de se lever, de descendre sur le rivage et de se préparer au combat.

Ils se levèrent aussitôt, s'armèrent et descendirent sur le rivage. Peu de temps après, le roi Siggeir arriva avec son armée et les attaqua. Il y eut une furieuse bataille et les deux rois se trouvaient au plus fort de la mêlée. Huit fois au cours de la journée, le roi Volsung et ses fils parvinrent à enfoncer les lignes ennemies, massacrant tous ceux qui avançaient de chaque côté. Mais la neuviève fois, le roi fut submergé par le nombre et tué ; et tous ceux qui l'entouraient subirent le même sort. Mais ses dix fils furent pris vivants et emmenés chargés de chaînes.
Quand Signy apprit la mort de son père et la capture de ses frères, elle cacha sa douleur et se rendit auprès de son époux, le roi Siggeir. Parlant d'une voix douce, elle dit : " Accorde-moi cette requête : ne tue pas mes frères sur-le-champ. Fais les mettre au pilori, afin que je puisse me réjouir de ce spectacle, rien que pour un moment. Je ne t'en demande pas davantage, car je sais que cela ne servirait à rien. "
Le roi se mit à rire méchamment et répondit : " Tu es folle de vouloir pour tes frères de plus grandes souffrances que la mort rapide que je leur destinais. Mais ta demande sera satisfaite, car mon cœur aussi sera content de les voir mourir dans de longues souffrances. "
Le roi Siggeir fit alors abattre un grand arbre dans la forêt voisine et les dix frères de Signy y furent solidement attachés par les mains et les pieds. Et ils devaient y rester, tout seuls, pendant la nuit. Mais au milieu de la nuit, une grande et féroce louve sortit du bois, tua l'un des frères et le dévora. Et il en fut de même la deuxième nuit, et la troisième, et neuf nuits en tout, jusqu'à ce qu'il ne restât plus qu'un fils du roi Volsung vivant, et c'était Sigmund.

Signy était informée de ce qui se passait et en était si pénétrée de douleur qu'elle était incapable de tenter quoi que ce fût pour sauver ses frères ; mais elle espérait envers et contre tout que l'un d'eux au moins s'échapperait pour venger leur père.
Elle envoya donc en cachette dans la forêt un homme portant une jarre de miel, lui ordannant de le répandre sur le visage de Sigmund et d'en mettre un peu dans sa bouche. Ce qui fut fait et cette nuit-là, quand la louve arriva pour tuer Sigmund, elle sentit le miel et commença à le lécher. Enfin, elle mit sa langue dans la bouche du jeune homme ; alors Sigmund - qui était resté parfaitement immobile jusque-là - la mordit de toutes ses forces et repoussa le tronc de l'arbre avec ses pieds si vigoureusement qu'il se rompit en deux. La langue de la louve fut arrachée et elle mourut sur le coup. Certains assurent que la louve était la mère du roi Siggeir, qui s'était ainsi métamorphosée par sorcellerie.


La saga des Volsungs (En quatre parties)


PARTIE 3 :
La vengeance de Sigmund


Sigmund se trouvait maintenant libre dans la forêt, bien que le roi Siggeir le crût mort comme ses frères. Siggeir était ainsi bien persuadé qu'il n'avait plus rien à craindre de la race du roi Volsung.
Mais Signy avait appris que son frère vivait encore et elle lui fit dire qu'il devait se cacher jusqu'au jour propice à la vengeance. Il se construisit donc une cabane de terre dans les bois et y vécut solitaire. Signy lui envoyait de la nourriture de temps à autre, et subvenait à quelques-uns de ses besoins ; mais il vivait surtout de chasse. Quelques années s'écoulèrent ainsi et Sigmund attendait son heure, tandis que Signy ne rêvait qu'au jour où leur père serait vengé.
A mesure que ses propres fils grandissaient, elle les envoyait, chacun à son tour, à Sigmund pour vivre avec lui dans la forêt et l'aider à exécuter son projet ; elle faisait dire à son frère de les éprouver, pour voir s'ils promettaient d'être de vrais hommes, ou s'ils allaient ressembler à leur père.

Quand le premier garçon vint trouver Sigmund, celui-ci lui remit un sac de farine et lui ordonna de pétrir de la pâte à pain tandis que lui-même irait chercher du bois pour le feu. Mais quand il revint, la farine était intacte et la pâte n'était pas faite.
" Je n'ai pas osé ouvrir le sac, dit le garçon, il y a quelques chose de vivant à l'intérieur.
- Alors, tu ne resteras pas ici avec moi,
déclara Sigmund. "
La même chose arriva pour le deuxième garçon. Lui aussi eut peur du sac et Sigmund ne voulut pas le garder, disant qu'il tenait de son père.
Le troisième fils s'appelait Sinfjotli. Il était très grand pour son âge, fort et beau à voir, tout à fait comme les hommes de sa famille maternelle. C'était un véritable Volsung.
Sinfjotli était absolument dénué de peur et méprisait la souffrance. Un jour, sa mère cousit sa chemise à sa peau et l'arracha ensuite - pour l'éprouver - mais il ne poussa pas un cri. Quand elle lui demanda si cela ne lui avait pas fait mal, il répliqua : " Volsung n'aurait même pas prêté attention à cette égratignure… "
Quand Sinfjotli alla trouver Sigmund, il reçut également le sac de farine avec ordre de préparer du pain, tandis que Sigmund sortait. Quand son oncle revint, il vit que le garçon avait pétri la pâte et fait cuire le pain. Il lui demanda s'il avait senti quelque chose dans la farine.

" Je crois qu'il y avait quelque chose de vivant à l'intérieur, répondit Sinfjotli ; mais quoi que ce fût, je l'ai pétri avec la pâte.
- Alors, nous ne mangerons pas ce pain,
dit Sigmund, car tu as pétri un serpent extrêmement venimeux. "
Sigmund garda donc Sinfjotli avec lui dans la forêt et le soumit à toutes sortes d'épreuves ; et le garçon prouva dans tous les domaines qu'il était un véritable Volsung.
Enfin, le temps arriva où Sigmund fut prêt à exercer sa vengeance. Lui et Sinfjotli se rendirent donc ensemble au palais du roi Siggeir. Ils attendirent de pouvoir entrer sans être vus ; puis ils se cachèrent dans une pièce extérieure à côté de la porte.
Le roi avait deux jeunes enfants, qui étaient en train de jouer sur le plancher de la grande salle. Leurs jouets étaient des anneaux d'or qu'ils faisaient rouler et essayaient ensuite d'attraper. Au bout d'un moment, l'un des anneaux roula par la porte ouverte dans la pièce où se cachaient Sigmund et Sinfjotli. Le garçonnet courut après et vit deux hommes assis, grands et d'allure farouche, vêtus de brillantes cottes de mailles et portant des casques sur la tête. Il retourna en hâte dans la grande salle et dit à son père ce qu'il avait vu. Le roi crut que c'était une plaisanterie, mais Signy alla dans l'antichambre avec les deux enfants et trouva Sigmund et Sinfjotli. Elle leur apprit qu'ils avaient été trahis et qu'ils feraient mieux de tuer les traîtres, mais Sigmund répondit qu'il ne voulait à aucun prix tuer ses enfants. Cependant, Sinfjotli n'eut pas les mêmes scrupules. Il tira son épée et les tua tous deux sans hésitation puis il jeta leurs corps dans la grande salle, aux pieds du roi. Le roi Siggeir se leva et ordonna à ses hommes de capturer ceux qui se cachaient dans l'antichambre. Ils coururent tous dehors pour s'emparer de Sigmund et de Sinfjotli, mais les deux vengeurs se défendirent avec beaucoup d'intrépidité.

Mais finalement, ils furent submergés par le nombre, pris et enchaînés.
Le roi, en voyant qui ils étaient, réfléchit longuement au genre de mort qu'il convenait de leur infliger, la plus longue et la plus cruelle possible. Le lendemain matin, il ordonna à ses esclaves d'élever un tumulus funéraire de pierre et de tourbe. Quand il fut presque terminé, une grande dalle de pierre fut dressée en travers de la chambre de sépulture, qu'elle coupait en deux. Puis Sigmund et Sinfjotli furent descendus dans le tumulus et enchaînés à la dalle de part et d'autre, de sorte que, tout en étant séparés, chacun pût entendre l'autre mourir. Après quoi, le roi ordonna que le tumulus fût recouvert de terre ; mais tandis que les esclaves s'y employaient, la reine arriva tenant dans ses bras une botte de paille qu'elle jeta à Sinfjotli en lui demandant de la cacher aux yeux du roi. Ensuite le tumulus fut fermé, avec Sigmund et Sinfjotli à l'intérieur.
Un certain temps passa, puis Sinfjotli dit à Sigmund : " Au moins, nous ne manquerons pas de nourriture pour un moment. La reine m'a jeté un jambon, caché dans une botte de paille. "
Tandis qu'il maniait le jambon, il sentit une épée plantée à l'intérieur et à sa garde, reconnut l'épée de Sigmund, qui lui avait été enlevée dans la bataille d'autrefois et qui était, depuis, restée suspendue dans le palais du roi Siggeir. En l'apprenant, Sigmund se réjouit grandement et demanda à Sinfjotli de passer la pointe par-dessus la dalle de pierre. Sigmund saisit alors l'épée et ensemble ils firent avancer et reculer la lame, comme une scie, de sorte qu'elle entailla profondément la pierre, et ils continuèrent jusqu'à ce que la dalle fût complètement sciée en deux.

Ensemble ils scièrent
l'énorme dalle ;
Sigmund avec son épée,
aidé de Sinfjotli.


Après quoi, il ne leur fallut pas longtemps pour se débarasser de leurs liens et se frayer un chemin à travers le tumulus.
Ils se rendirent alors au palais du roi et mirent le feu à un tas de bûches empilées au-dehors, si bien que le roi et ses hommes furent réveillés par la fumée et s'aperçurent que le palais était en flammes.
Le roi poussa de grands cris en demandant qui avait osé faire cela.
" Moi, Sigmund, je suis ici, avec Sinfjotli, le fils de ma sœur, cria Sigmund en réponse. Tu sauras ainsi que toute la race de Volsung n'est pas éteinte. "
Il appela ensuite sa sœur, pour qu'elle sorte de l'incendie, lui promettant qu'elle serait traitée avec honneur et amplement dédommagée de la perte de son époux.
Elle alla jusqu'au seuil et dit : " A présent, tous verront que je n'ai pas oublié comment est mort mon père. Mais après tout ce que j'ai fait pour en tirer vengeance, la vie n'a plus rien à m'offrir. De même que j'ai vécu à contre-cœur avec le roi Siggeir, de même mourrai-je à contre-cœur avec lui. " Puis elle embrassa son frère Sigmund et Sinfjotli son fils ; et, leur faisant un geste d'adieu, elle retourna dans le feu, où elle mourut avec le roi Siggeir et tous ses hommes.


La saga des Volsungs (En quatre parties)


PARTIE 4 :
Sigmund, le tueur de dragon


Sigmund et Sinfjotli s'embarquèrent sur un voilier et cinglèrent vers le pays des Huns, où Sigmund fit valoir ses droits sur le royaume de son père et fut joyeusement reçu par son peuple. Il gouverna sagement et avec justice. Bientôt il épousa Hjordis, une fille de roi, la plus belle et la plus avisée des femmes.
Un jour, cependant, une grande armée de Vikings s'avança vers leur pays, et le roi Sigmund pria son épouse de se cacher dans les bois jusqu'à ce que le danger fût écarté. Elle lui obéit, n'emmenant avec elle qu'une suivante et un important trésor.
Puis la bataille contre les Vikings s'engagea. Le roi Sigmund combattit vaillamment, toujours à la tête de ses hommes. Il frappait à gauche et à droite ; ses bras étaient ensanglantés jusqu'aux épaules ; cependant aucune arme ne l'atteignait. Alors, au plus fort du combat, un homme se dirigea vers lui. Il portait une cape bleue et un chapeau à large bord, et il était borgne. Cet homme tenait un javelot à la main et quand il fut tout près du roi Sigmund, il brandit son arme. Sigmund frappa le javelot de toutes ses forces avec son épée, mais la lame se brisa en deux.

Après cela, la chance de Sigmund l'abandonna et le sort de la bataille lui fut contraire ; finalement, il fut vaincu et ses hommes dispercés.
A la tombée de la nuit, la reine se rendit sur le champ de bataille et y trouva son époux encore vivant, mais mortellement blessé.
Elle lui demanda comment il allait.
" Mon étoile m'a désormais quitté, répondit Sigmund, et ma blessure ne guérira pas. Odin m'a accordé de nombreuses victoires, quand telle était sa volonté ; mais maintenant, sa volonté est qu'il en aille autrement. Pars donc et emporte les morceaux de Gram, mon épée. Gardes-les soigneusement, car tu auras un fils qui sera le plus grand de notre race et qui accomplira maints exploits avec cette épée. Mais à présent, ma blessure me fait cruellement souffrir et je m'en vais rejoindre mes ancêtres ".
Hjordis resta assise auprès de Sigmund jusqu'à ce qu'il eût rendu le dernier soupir. Alors, l'aube se leva et elle vit accoster de nombreux bateaux vikings. Le chef en était Alf, fils du roi Hjalprek du Danemark. Il emmena Hjordis dans son pays et ce fut là que naquit son fils. Il fut aspergé d'eau suivant la coutume, et appelé Sigurd. Le roi Hjalprek éleva l'enfant et, quand il eut grandit, le confia à Regin, son forgeron, pour être instruit dans son art.
Sigurd devint bientôt très beau et vigoureux ; il était aussi très en avance pour son âge dans toutes sortes d'arts virils. Un jour, le roi l'appela auprès de lui et lui demanda quel présent il aimerait choisir parmi tous ses trésors. Sigurd répondit qu'il choisirait un cheval.

" Alors, prends celui que tu veux dans ma troupe ", dit le roi.
Sigurd partit examiner les chevaux. En chemin, comme il traversait un bois, il rencontra un vieil homme portant une longue barbe. Le vieillard lui demanda où il allait et en l'apprenant, déclara qu'il voulait l'aider dans son choix. Il conseilla donc à Sigurd de conduire les chevaux au fleuve pour voir lesquels retourneraient à la rive et lequel traverserait l'eau de sa propre volonté. Ainsi fit Sigurd et tous, sauf un, revinrent à la rive. Celui-ci, un étalon gris, nagea hardiment jusqu'à l'autre bord, puis nagea dans l'autre sens pour rejoindre ses compagnons.
" Choisis cet étalon, déclara le vieillard. Il descend de Sleipnir et sera le meilleur des chevaux. "
Sigurd alla donc dire au roi qu'il désirait l'étalon gris et l'appela Grane.
Vers cette époque, Regin le forgeron se mit à parler à Sigurd de l'immense trésor qui gisait, caché dans une caverne, sous la garde du monstre Fafnir.

" Tu acquerrais gloire et richesse tout à la fois, si tu t'en emparais, dit-il.
- Il me faut d'abord une épée,
répondit Sigurd.
- Tu auras la meilleure épée du monde
", affirma Regin, et il prit les deux morceaux de l'épée Gram qu'avait conservés la mère de Sigurd et s'en servit pour forger une nouvelle arme. Sigurd l'essaya et elle était si tranchante que lorsqu'il la plongea dans l'eau courante, elle coupa en deux un flocon de laine entraîné vers elle. Après quoi, Sigurd essaya sa force en frappant l'enclume de Regin - et la trancha en deux jusqu'à la base.

Alors Regin emmena Sigurd jusqu'à la lande sauvage où se trouvait la caverne de Fafnir. Il lui dit de creuser une fosse à côté du torrent, tout près de l'endroit où le monstre descendait boire, et de s'y cacher. De cette façon, expliqua Regin, Sigurd serait protégé du venin empoisonné que le monstre soufflait par les narines.
Ainsi fit Sigurd et il attendit dans la fosse, tandis que Regin s'éloignait pour faire le guet.
Lorsque Fafnir rampa hors de la caverne pour boire, il passa au-dessus de la fosse et sigurd poussa jusqu'à la garde son épée dans le ventre du monstre.
En se sentant mortellement atteint, le grand serpent tordit furieusement ses anneaux et souffla du venin sur tout ce qui l'entourait, si bien que les plantes se flétrirent et que la terre en fut toute roussie ; mais Sigurd se trouvait en sécurité. Il attendit pour sortir de la fosse que le monstre fût mort.
Regin arriva alors, voyant que tout danger était passé, et lui demanda de trancher le cœur du dragon et de le faire rôtir, car il voulait le manger ensuite pour acquérir force et sagesse. Sigurd obéit : il alluma un feu et fit rôtir le cœur de Fafnir au-dessus, embroché à la pointe de son épée. Ce faisant, quelques gouttes de sang tombèrent du cœur sur ses doigts et les brûlèrent. Il porta la main à la bouche et lécha la brûlure. A peine le sang avait-il touché sa langue, qu'il entendit les oiseaux chanter alentour et s'aperçut, à son grand émerveillement, qu'il comprenait leur langage. C'étaient des mésanges et l'une d'elles chantait :

" Voilà Sigurd
tout baigné de sueur ;
au feu, il rôtit
le cœur de Fafnir.
Sage serait à mon avis
ce valeureux héros,
s'il mangeait lui-même
le cœur du dragon.
"

Mais ce fut Regin qui mangea le cœur de Fafnir puis s'allongea sur le sol pour dormir.
L'autre oiseau se mit alors à chanter :

" Regin est étendu
avec de noirs desseins ;
il veut trahir
qui lui fait confiance.
Dans son courroux,
il va proférer
de maléfiques runes,
pour venger son frère.
"

Alors Regin se leva, mais Sigurd tira aussitôt l'épée Gram et lui trancha la tête avant qu'il n'eût le temps de lui lancer une malédiction. Après quoi, il chevaucha sur la lande jusqu'à la caverne de Fafnir. Il en sortit tout l'or et les joyaux qu'il y trouva. C'était un immense trésor. Il découvrit aussi le casque Aegishjalm et l'anneau d'Andnari.
Il chargea tout le trésor sur son cheval Grane et poursuivit sa route.

Au bout d'un certain temps, il arriva à la cour d'un roi appelé Gjuki, dont l'épouse était Grimhild. Ils avaient deux fils : Gunnar et Hogni, et une fille : Gudrun. Le roi avait également un beau-fils nommé Guttorm.
La renommée de Sigurd - qui avait tué Fafnir et emporté son trésor - l'avait précédé ; il fut cordialement accueilli par le roi Gjuki et ses fils. Il demeura longtemps au palais du roi, traité avec beaucoup d'honneur. Finalement, il demanda la main de Gudrun, la fille du roi, qui lui fut accordée avec joie. Les frères de Gudrun, Gunnar et Hogni, jurèrent fraternité à Sigurd et il y eut entre eux une grande amitié.
Un jour, Gunnar apprit à Sigurd que son cœur était disposé au mariage, mais qu'il ne voulait d'autre épouse que Brunhilde, fille du roi Budli. Elle habitait sur une montagne appelée Hindfell, dans un palais entouré de flammes, et ne devait avoir d'autre époux qu'un homme qui ignorerait la crainte. Certains affirment que c'était une Walkyrie - l'une de ces jeunes filles qui servent Odin et choisissent les héros destinés à mourir au combat, pour aller le retrouver au Walhall jusqu'au Dernier Jour, où ils combattront les ennemis des dieux - et qu'elle avait été punie (pour avoir désobéi à Odin) et condamnée à épouser un mortel.
Sigurd déclara qu'il accompagnerait Gunnar et l'aiderait à conquérir Brunhilde ; ils partirent donc à cheval vers Hindfell. Hogni était avec eux.
En arrivant à Hindfell, ils trouvèrent un mur de flammes en travers de leur route et le cheval de Gunnar broncha et refusa d'aller plus avant.

Gunnar demanda alors à Sigurd de lui prêter son cheval Grane, le meilleur de tous les chevaux ; " Lui, ne reculera pas devant le feu, dit-il.
- Volontiers ", répondit Sigurd, et ils échangèrent leurs montures ; mais quand Gunnar eut enfourché Grane, le cheval refusa de bouger, car nul autre que Sigurd ne pouvait le monter.
Sigurd dit alors à Gunnar qu'il irait à sa place chercher Brunhilde pour lui. Gunnar accepta avec joie. Ils échangèrent donc leurs vêtements et, monté sur Grane, Sigurd traversa la muraille de flammes.
Au sommet de la montagne, il trouva un beau palais et à l'intérieur une forme endormie, enveloppée de la tête aux pieds d'une cotte de mailles. Sigurd souleva le casque et vit que c'était une femme.
Elle s'éveilla et lui dit qu'elle s'appelait Brunhilde. Il se donna lui-même pour Gunnar, fils de Gjuki, et lui dit qu'il était venu la demander en mariage.
" Puisque tu n'as pas eu peur du feu, je suis disposée à t'épouser ", répondit-elle. Ils échangèrent des anneaux et Sigurd lui donna l'anneau d'Andnari qu'il avait gagné avec le trésor du dragon. Brunhilde lui apprit également de nombreuses runes, car c'était la plus sage des femmes. Ensuite, ils s'allongèrent pour dormir, mais Sigurd tira d'abord l'épée Gram de son fourreau et étendit la lame nue entre eux sur le lit. Mais certains racontent que Sigurd et Brunhilde s'étaient rencontrés et aimés auparavant.

Le lendemain matin, Sigurd revint auprès de ses compagnons sur le flanc de la montagne et, après avoir dit à Gunnar ce qui s'était passé, il changea de nouveau de vêtements avec lui et reprit son apparence habituelle. Après quoi, Brunhilde vint à leur rencontre, et ils retournèrent tous au palais du roi Gjuki où se déroula le festin des noces.
Un jour, Brunhilde et Gudrun se rendirent ensemble au fleuve pour laver leurs cheveux.
En arrivant au fleuve, Brunhilde s'écarta de la rive en disant qu'elle ne laverait pas ses cheveux dans l'eau coulant en aval de Gudrun, car son époux était beaucoup plus brave que celui de Gudrun. A quoi Gudrun répondit que si elles devaient choisir leur position suivant le courage de leurs époux, elle-même avait le droit de se laver en amont de Brundhilde. " Il n'est pas d'homme sur terre qui soit l'égal de Sigurd, déclara-t-elle ; ni ton Gunnar, ni aucun autre, car il a tué le dragon Fafnir et Regin, le frère de Fafnir, et il a pris leur or. "
Brunhilde répondit : " Gunnar a accompli un exploit plus courageux en traversant le feu pour me conquérir. Cela, c'était quelque chose que ton cher Sigurd n'aurait jamais osé faire. "
A ces mots, Gudrun se mit à rire et déclara : " As-tu vraiment pensé que c'était Gunnar qui avait traversé le feu ? Moi, je suis persuadée que celui qui est venu à toi était celui qui m'a donné cet anneau - et elle montra à Brunhilde l'anneau qu'elle avait donné à Sigurd - tandis que l'anneau que tu portes maintenant au doigt et que tu as reçu comme anneau de mariage est celui que l'on appelle l'anneau d'Andnari et je ne crois pas que ce soit Gunnar qui l'ait pris dans la caverne du dragon. "

Brunhilde garda le silence, et au bout d'un moment, toutes deux rentrèrent au palais. Mais à partir de ce jour, le cœur de Brunhilde fut plein de colère contre Sigurd pour le tour qu'il lui avait joué ; elle ne cessa donc de presser Gunnar et son frère Hogni de venger l'atteinte faite par Sigurd à leur honneur, car il avait trahi la confiance de Gunnar en partageant son lit. Mais ils ne voulaient rien entreprendre contre Sigurd, à cause de leur serment de fraternité. Néanmoins, l'amertume était dans leurs cœurs et ils demandèrent à Guttorm, leur beau-frère, d'agir à leur place et de venger cet affront ; car Guttorm n'avait échangé aucun serment avec Sigurd. En guise de récompense, ils lui offrirent une part du trésor de Sigurd.
Guttorm accepta de faire ce qu'ils désiraient et, comme il n'osait à aucun prix rencontrer Sigurd face à face et en plein jour, il rampa jusqu'à lui alors qu'il se trouvait au lit et le transperça de son épée.
La douleur éveilla Sigurd qui, s'asseyant sur le lit, saisit l'épée Gram posée à côté de lui, la sortit de son fourreau et la lança violemment sur son agresseur qui essayait de s'enfuir. On dit que l'épée frappa Guttorm dans le dos et qu'il fut coupé net en deux.
Alors Sigurd retomba sur son lit et expira.
Quand Brunhilde se rendit compte de ce qu'elle avait fait, elle en éprouva tant de chagrin et de remords qu'elle se suicida. Son corps fut étendu après de celui de Sigurd, sur le même bûcher, et ils furent brûlés ensemble.

On pense que Gunnar et Hogni cachèrent le trésor de Sigurd dans le fleuve Rhin et jamais on ne l'a retrouvé depuis. Tous deux périrent d'une mort cruelle, car ils furent capturés dans une bataille par le roi Atli, frère de Brunhilde, et le cœur de Hogni fut arraché de son corps, tandis que Gunnar était jeté dans une fosse grouillant de serpents venimeux.
Mais leur sœur Gudrun vengea leur mort en tuant le roi Atli dans son sommeil. Après quoi, elle mit le feu à son palais et tous ceux qui se trouvaient à l'intérieur furent brûlés.




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et la saga des connexions continue...