J'aime la Scandinavie pour la vie
Voyage en drakkar pour aller en Scandinavie

sommaire odin retour

Balder-le-brillant


Maintenant, nous devons faire le récit du plus grand malheur, du plus amer chagrin qu'eurent jamais à supporter les grands dieux de l'Asgard. Le plus aimé de tous les Ases était Balder, deuxième fils d'Odin. C'était le plus brillant de tous les dieux et le meilleur ; jamais, jamais on ne disait de lui le moindre mal. Sa demeure s'appelait : " Largement-Brillante " et elle était si sainte qu'on n'aurait pu y trouver le moindre objet impur.
On raconte qu'une nuit, Balder fit un mauvais rêve. Nul ne sut lequel exactement, mais il semble que son esprit en fut troublé, qu'il eut l'impression que sa vie était menacée et qu'il en parla aux autres dieux. Ceux-ci furent grandement alarmés, en raison de l'amour qu'ils lui portaient, et ils tinrent conseil tous ensemble pour essayer de le protéger du danger. Certains disent même que son père, Odin, parcourut à cheval la route du pays des morts, dans le Niflheim, afin de s'efforcer de connaître la menace qui pesait sur lui. Ils disent aussi qu'il trouva le palais de Hel, rien des morts, préparé pour une grande fête et apprit que c'était en l'honneur de son fils Balder, que l'on attendait. Il apprit même quel danger menaçait sa vie, d'où il viendrait et de quelle façon. Mais les secrets de l'avenir étaient enfermés à double tour dans la poitrine d'Odin et grande fut sa douleur de ne rien pouvoir faire pour éviter à Balder son fatal festin. Il retourna donc en Asgard le cœur plein de tristesse ; et son silence apprit aux Ases que leurs sinistres craintes n'étaient pas dénuées de fondements.

Alors la sage Frigg, épouse d'Odin, prit la parole. Elle était décidée à faire tout son possible pour sauver son fils bien-aimé. Elle dit : " Je vais demander à toutes choses dans le ciel et sur la terre de jurer qu'elles ne feront aucun mal à Balder. De cette façon sa vie peut encore être épargnée.
- Fais comme tu l'entends,
déclara Odin, mais ce qui doit advenir, adviendra. " Et Frigg envoya des messagers à travers la terre et le ciel, à toute chose créée, invitant chacune à jurer qu'elle ne ferait aucun mal à Balder : à l'eau et au fer et à tous les autres métaux ; à la terre et à la pierre et au bois ; aux oiseaux, aux animaux, aux hommes ; à toutes les maladies, aux poisons et aux serpents venimeux. Et chacun fit le serment de bon gré, car tous aimaient Balder.
Et à partir de ce jour, le grand divertissement des Ases fut d'avoir Balder debout devant eux et de lancer contre lui des flèches, des javelots et des pierres. Même quand ils le frappaient de leurs épées et de leurs haches, il n'était pas blessé. Tous les dieux s'émerveillaient grandement de cette invulnérabilité et en honoraient d'autant plus leur cher Balder.
Mais il se trouvait quelqu'un parmi les grands dieux d'Asgard qui en voulait à Balder de ce don et lui enviait les louanges qu'il lui attirait. Et c'était Loki, fils de Laufey. Il était aussi jaloux qu'il était rusé et ne pouvait supporter qu'on dît du bien de quiconque devant lui. Il se mit donc à chercher comment il pourrait diminuer l'estime en laquelle on tenait Balder, en prouvant que son invulnérabilité n'était pas totale.
Un jour que les Ases tenaient conseil, Loki se rendit au palais de Frigg, nommé Fensalir. Il s'était déguisé en vieille commère. Frigg souhaita la bienvenue à sa visiteuse, lui offrit de la nourriture et des boissons comme le voulait la coutume, et demanda des nouvelles de l'assemblée des Ases.

" Que font les dieux pendant le conseil ? " interrogea-t-elle.
La vieille femme répondit que tous décochaient des traits sur Balder, qui se tenait indemne devant eux, et que c'était grande merveille de voir les javelots, les flèches et les pierres tomber sur le sol autour de lui sans lui faire de mal.
" Ce n'est pas un miracle, dit Frigg. Ni épée, ni pierre, ni arme ne blessera jamais Balder, car toutes choses sur la terre et dans le ciel ont fait serment de l'épargner.
- Toutes choses ?
s'exclama la vieille femme. Tu as tort de te moquer d'une vieille femme avec un tel conte, car je suis bien certaine que de nombreuses choses n'ont pas voulu jurer, même pour l'amour de Balder.
- Toutes choses sur terre et dans le ciel aiment Balder,
répondit Frigg avec irritation. Aucune n'a refusé de jurer. Même Loki fils de Laufey, dont le cœur est plein d'envie, a fait le serment.
- Et tu leur as demandé à toutes de jurer ?
demanda la vieille femme.
- A toutes, sauf à une. Il y a une jeune plante qui pousse à l'ouest du Walhall. Son nom est le mistiltein (gui) et elle me sembla trop jeune et trop tendre à l'époque pour lui réclamer son serment, car je savais qu'elle ne voulait aucun mal à Balder.
- Certainement
", fit la vieille femme et un instant plus tard, elle était partie.
Pendant ce temps, les Ases continuaient à se divertir au conseil : debout en cercle autour de Balder, ils lui lançaient des projectiles de toutes sortes. L'un d'eux, seul, demeurait en dehors du cercle et ne prenait pas part au jeu. C'était le dieu Hödr, qui est très fort mais tout à fait aveugle.

Tandis qu'ils s'amusaient ainsi, Loki arriva. Se dirigeant vers Hödr, il lui demanda pourquoi il ne rendait pas hommage à Balder comme les autres, en lui lançant des javelots pointus et en lui décochant des flèches.
" As-tu besoin de me le demander, Loki fils de Laufey ? dit Hödr. Comment puis-je tirer sur Balder quand je ne puis voir où il se trouve ? D'ailleurs, je n'ai pas d'arme.
- Tu devrais honorer Balder comme les autres,
fit Loki. Il serait très content de recevoir un projectile de ta main, Hödr. Voici un bâton. Prends-le ; je guiderai ta main, de sorte que tu puisses le lui lancer. "
Et ce disant, Loki mit dans la main de Hödr un trait bien pointu qu'il avait taillé dans du gui et dirigea le dieu aveugle pour qu'il vise dans la bonne direction.
Hödr lança violemment la fléchette qui fila comme l'éclair. Elle atteignit Balder et celui-ci tomba sur le sol, mort.
Ce fut le plus grand malheur jamais advenu chez les dieux et chez les hommes.
Après la chute de Balder, les Ases furent momentanément privés de la parole. Ils se tenaient autour de lui, figés, incapables de remuer main ou pied, se fixant les uns les autres. Tous n'avaient qu'une pensée en tête : venger cet horrible méfait ; mais le lieu de réunion des dieux est si saint que nul n'a le droit de violer son sanctuaire ni de lever la main pour rompre la trêve.

Hödr, l'aveugle, restait là, mal à l'aise dans le terrible silence qui régnait, ne sachant ce qu'il avait fait ; tandis que Loki, inquiet du désastreux succès de son mauvais tour, faisait en hâte ses préparatifs de fuite.
Le chagrin des dieux était si grand qu'ils ne pouvaient trouver de mots pour l'exprimer. Quand ils tentèrent de parler, ils ne purent que fondre en larmes. Mais grande entre toutes était la douleur d'Odin ; lui seul, parmi tous les Ases, savait quelle immense perte représentait la mort de Balder.
Quand la nouvelle de cette mort parvint à Frigg, dans son palais de Fensalir, elle se rendit aussitôt au conseil. Là, elle apostropha les dieux : " Lequel d'entre vous désire gagner mon amour et mes faveurs ? Que celui-là chevauche jusqu'au royaume des morts et offre à Hel une rançon pour Balder, de sorte qu'il puisse revenir en Asgard. "
Le voyage au pays des ombres est long et plein de dangers ; mais pour gagner les faveurs de Frigg et pour l'amour de Balder, un dieu fut disposé à l'entreprendre. C'était le frère de Balder, appelé Hermod et surnommé " le Rapide ".
Il demanda à son père Odin de lui prêter son coursier Sleipnir et Odin accepta volontiers. Hermod enfourcha le cheval et partit au galop vers le nord.

Entre-temps, les Ases prirent le cadavre de Balder et le transportèrent sur le rivage. Là, ils le mirent sur son bateau, appelé Ringhorn ; mais quand ils voulurent le lancer, le bateau ne bougea pas. Thor lui-même essaya, mais fut incapable de le déloger. Ils furent donc obligés d'envoyer chercher une géante au Jotunheim pour les aider. Elle arriva, montée sur un loup, tenant un serpent en guise de rênes ; et quand elle mit pied à terre, il fallut quatre guerriers pour maîtriser sa monture. Elle se dirigea vers la proue du bateau et l'envoya au large d'une seule poussée ; mais les rouleaux sur lesquels il était posé prirent feu.
Alors le corps de Balder fut transporté à bord. Nanna son épouse se trouvait là, et quand elle le vit, son cœur se brisa et elle mourut ; aussi fut-elle transportée à bord aux côtés de Balder.
Le bûcher funèbre fut ensuite allumé et Thor le bénit avec son marteau. Nombreux étaient les assistants : d'abord Odin avec ses corbeaux, accompagné par Frigg et les Walkyries ; ensuite, Freyr, dans un chariot tiré par le beau sanglier Soies-d'Or, et Heimdall, sur son cheval Tête d'Or ; puis Freyja, conduisant ses chats ; et derrière eux, venait une nombreuse suite de trolls et de géants-du-givre.
Odin jeta dans le feu son bracelet Draupnir et le cheval de Balder y fut conduit avec tout son harnachement.
On dit qu'Hermod, après avoir chevauché neuf jours et neuf nuits à travers les sombres marécages, arriva enfin au fleuve des Echos et au pont des Echos qui le traverse (le pont qui est tout recouvert d'or étincelant).

Hermod monta sur le pont, lequel est gardé par une jeune fille appelée Modgud. Elle lui demanda son nom et sa race, déclarant : " Hier, cinq troupes de morts ont passé le pont à cheval, et pourtant le pont faisait moins de bruit que maintenant à cause de toi seul. D'ailleurs, tu n'as pas l'aspect d'un mort. Pourquoi as-tu pris la route du royaume de Hel ? "
Hermod répondit : " Je vais au palais de Hel pour y chercher Balder. Dis-moi si tu l'as vu sur cette route ?
- Balder a traversé le pont, répliqua Modgud. Le bon chemin, c'est vers le nord en descendant.
"
Hermod poursuivit sa route et arriva aux portes du royaume de Hel, qui sont très hautes. Il descendit de cheval, resserra bien ses sangles, remonta et éperonna Sleipnir. Le cheval d'Odin fit un bond prodigieux et franchit sa grille. Hermod avança toujours et atteignit le palais de Hel ; alors il descendit et pénétra à l'intérieur.
Il vit aussitôt Balder, son frère, assis à la place d'honneur, en face de la reine.
Hermod resta toute la nuit ; et le matin suivant, il demanda à Hel d'autoriser Balder à revenir avec lui en Asgard. Il lui dit à quel point les Ases étaient affligés par la mort de Balder, car tous l'aimaient tendrement.
Hel répondit qu'il n'était pas certain que Balder fût aussi aimé qu'on le prétendait ; mais la preuve pouvait en être faite. " Si toutes choses au monde, vivantes ou mortes, pleurent sur Balder, alors il poura retourner avec toi en Asgard, déclara-t-elle. Mais si une seule créature refuse de pleurer sur lui, il demeurera ici avec moi. "

Alors Hermod se leva ; Balder le reconduisit hors du palais et lui donna le bracelet Draupnir, qu'il renvoyait à Odin en gage d'amour. Son épouse, Nanna, le chargea pour Frigg de riches vêtements et d'autres présents ; et pour sa servante Fulla, d'un anneau d'or. Ensuite, Hermod repartit à cheval pour l'Asgard, où il raconta aux dieux tout ce qu'il avait vu, fait et entendu dans la demeure de Hel.
Puis les Ases envoyèrent des messagers à travers le monde pour demander à toutes les créatures de pleurer afin d'arracher Balder au royaume des morts. Et tous le firent ; hommes et animaux, la terre et toutes les pierres, le bois et toutes les espèces de métaux ; comme on voit pleurer ces choses quand on les transporte du froid dans la chaleur.
Alors que les messagers étaient sur le chemin du retour, heureux d'avoir bien rempli leur mission, ils arrivèrent devant une grotte de montagne où était assise une géante-sorcière. Elle leur dit que son nom était Thökk. Mais quand ils lui demandèrent de pleurer pour Balder, elle répondit par une strophe :

" Des larmes sèches
seront versées par Thökk
sur le bûcher de Balder.
Je n'aime aucune créature,
Vivante ou morte.
Que Hel garde ce qu'elle a !
"

Mais certains supposent que Thökk n'était autre que Loki, fils de Laufey, sous un déguisement, qui avait trouvé ce moyen de rendre irrémédiable la perte de Balder.




233443 visiteurs depuis le 20 septembre 2003

et la saga des connexions continue...